Résumé proposé par Gilles De Gagné , membre d’Hommes Québec;

Extraits du livre « Accueillir sans recueillir »  par Yann Le Bossé (2020)

Être libre de ses émotions n’est pas sans être sans émotion. Ce dont il est question, c’est de ne pas être contraint à l’expression ou à la répression de ses affects. Il s’agit ni plus ni moins de se dégager une marge de manœuvre à l’égard de notre vie affective, ceci tant en ce qui concerne nos relations avec les autres que notre vécu intérieur.

En effet, une part non négligeable de ce qui fait obstacle à l’affranchissement des personnes et des collectivités est la présence d’émotions inhibitrices. Que l’on soit d’accord ou non pour les ressentir, nos émotions s’imposent d’elles-mêmes…Tout se passe comme si nous n’avions que la possibilité de subir ces sensations et pensées perturbatrices. Pourtant, si nous n’avons que peu de prise sur leur apparition, nous pouvons avec un peu de pratique, agir sur l’impact de leur manifestation…pour faire en sorte que ce qui a été vécu jusqu’ici comme une véritable souffrance se métamorphose en un simple inconfort passager.

Qu’est-ce qu’une émotion? (du point de vue de la RSE : régulation stratégique des émotions)

Indépendamment de son contenu (peur, colère, joie, tristesse etc.) ce que nous désignons par le terme « émotion » se caractérise par un flux temporaire de sensations en résonance avec des pensées qui tournent en boucle. Lorsque ces sensations sont ressenties comme désagréables (contraction au niveau de l’estomac, serrement de la gorge, « boule » dans le ventre, etc.) on aura tendance à parler d’émotions « négatives »; dans le cas contraire, (impression de relâchement des tensions internes, de dilatation de l’appareil respiratoire, etc.) on les considérera comme « positives ».

Ces mouvements physiologiques peuvent persister plus ou moins longtemps et varier en intensité en fonction de la force des pensées qui les déclenchent ou les entretiennent. Car nous sommes bien en présence d’un processus circulaire dans lequel sensations et pensées s’entremêlent et s’auto alimentent. Ainsi un simple malaise passager peut-être interprété comme un danger potentiel ce qui déclenche un mécanisme corporel d’alerte impliquant des sensations beaucoup plus fortes générant elles-mêmes un renforcement des pensées reliées à la perception d’une menace, etc. Cette progression en spirale peut conduire à une escalade d’intensité jusqu’à la limite du supportable…Lorsque nous sommes ainsi submergés, nos paroles et nos gestes échappent à notre contrôle…on se retrouve dépourvu de force, épuisé et contraint de composer avec les conséquences de nos débordements.

Peut-on effectivement réguler nos émotions? Notre seule possibilité d’agir se situe dans la manière dont on va en disposer. En règle générale, notre façon de composer avec nos émotions se situe sur un continuum qui va de l’expression débridée à la répression totale.

Faut-il exprimer ses émotions? La plupart du temps, on n’exprime que ce qui nous semble socialement acceptable…Cette autocensure s’applique tout autant à l’intensité qu’au contenu ou à la durée de ce qui est exprimé. Ainsi une personne… pourra chercher à contenir au maximum sa tristesse…d’autres ne se permettront pas de manifester totalement leur colère, leur peur ou même leur joie. Exprimer ses émotions permet d’évacuer la tension accumulée dans l’organisme. Cela a l’avantage de permettre un relâchement d’autant plus profond que l’expression est complète, ce qui est rarement le cas.

Doit-on plutôt réprimer ses émotions? Réprimer une émotion consiste à tenter d’empêcher la montée en intensité du ressenti et à s’interdire son expression. Il existe de nombreuses possibilités de « faire taire » des pensées et des sensations perturbatrices. Ceci par l’intermédiaire de procédés destinés à les engourdir (alcool, drogue, médication), à les vider de leurs substances (thérapies) ou encore à les asphyxier au moyen de sensations encore plus fortes (sports extrêmes, défis d’endurance, etc.).

On « s’autorise » plus ou moins à exprimer ce qu’on ressent selon la manière dont on interprète le contexte et l’intensité de l’émotion vécue sur le moment. C’est la raison pour laquelle la question n’est pas de savoir s’il est préférable d’exprimer ou de réprimer une émotion, mais plutôt de repérer les marges de manœuvre tangibles dont on dispose pour en régler la manifestation. Dans telle ou telle situation est-ce que je pense qu’il est dans mon intérêt d’exprimer ce que je ressens ou dois-je plutôt me taire? Ai-je véritablement le choix ou suis-je soumis à un jeu de forces qui me dépassent?

La régulation stratégique des émotions : ni expression débridée, ni répression systématique.

Le fait d’exprimer ou pas nos affects dépend donc plus des circonstances que d’un principe général…

Soyons clairs, il n’est pas question ici d’ignorer, de refouler ou de tenter par un mécanisme quelconque de se débarrasser de ses émotions. Il s’agit d’en être libre, c’est-à-dire non contraint par leur présence ou leur absence… Avec un peu de pratique, on peut constater rapidement qu’il existe un espace entre l’expression et la répression. Un lieu où un travail à l’égard des émotions peut-être entrepris de manière autonome. Quel travail? Il s’agit ni plus ni moins d’éliminer les obstacles qui nous empêchent d’accueillir les émotions et ceux qui nous amènent à les recueillir plutôt que de les laisser partir. C’est par ce double mouvement d’affranchissement,…qu’on trouvera une clé pour gagner en liberté à l’égard de notre mécanique émotionnelle.

Accueillir

(Ressentir, Observer, Se désidentifier)

Il s’agit de se positionner en tant qu’acteur à l’égard de son ressenti. Ceci en mettant en œuvre les trois points d’accueil de l’émotion (ressentir, observer, de désidentifier) dans sa vie quotidienne.

Lorsque nous ressentons une émotion « désagréable », nous la vivons comme une agression. Plus précisément, nous y voyons une menace à notre bien-être physique (malaise) et psychologique (pensées perturbatrices)… Chercher à bloquer une émotion revient un peu à tenter d’empêcher un ressort de se déployer en appuyant dessus. Plus on appuie fort plus le ressort restaure sa forme originale de manière énergique lorsqu’on le relâche. De la même manière, plus l’émotion est forte plus il faut mobiliser d’énergie pour empêcher son expression. Cette mobilisation intérieure nous accapare au point où, dans certaines circonstances nous en arrivons littéralement à « perdre nos moyens »…C’est pour cette raison que nous avons cherché une troisième voie… Pour se faire, nous avons puisé dans une série de textes traitants du rôle des émotions dans une démarche d’épanouissement personnelle et collective.

Il s’agit d’accueillir, au sens fort du terme, l’émotion de manière à ce qu’elle puisse se déployer et aller au bout de sa course. En effet, du point de vue adopté dans cette approche, l’émotion « ne vient que pour s’en aller ». Ce sont nos résistances qui l’entretiennent. Ceci dit, ces résistances ne sont pas là par hasard. Elles se sont forgées suite à des expériences de vie qui ont conduit à les considérer comme nécessaires. De fait, il ne suffit pas d’invoquer la posture d’accueil pour que celle-ci se mette en place. Le réflexe initial de blocage de l’émotion ne peut s’estomper durablement que devant l’accumulation d’expériences partielles qui confirment la viabilité de cette alternative. Pour cela, il est nécessaire de prendre appui sur trois outils stratégiques incontournables : Ressentir, Observer et se désidentifier.

Ressentir

Quand on y regarde de près, l’expression plus ou moins contrôlée des émotions et leur répression ne sont que deux manières différentes de se débarrasser de ce qui est ressenti comme désagréable. Dans le premier cas, on se « soulage »en relâchant une tension interne perturbante; dans le second cas, on engourdit la sensation jusqu’à ce que l’inconfort « disparaisse ». Pourtant, entre répression e expression, il existe une troisième voie qui consiste à cohabiter avec le ressenti plutôt que de chercher à s’en débarrasser…Ainsi, le fait de se retrouver constamment exposé à une situation anxiogène…peut faire en sorte qu’un état d’anxiété chronique s’installe au point d’être assimilé à un état naturel.

. Cohabiter avec l’émotion signifie ressentir sa venue, son déploiement, sa disparition. Chacun est ici invité à devenir l’expert de sa réalité intérieure… Plutôt que d’être balloté d’une émotion à l’autre, entièrement absorbé par sa souffrance intérieure et recroquevillé sur soi, on devient acteur en participant consciemment à la régulation de nos émotions. Plus précisément, à partir du moment où nous sommes disposés à ressentir pleinement nos émotions sans chercher à s’en débarrasser par l’expression ou la répression, nous cessons d’en « rajouter ». Il y a donc une décision à prendre qui se ramène à choisir de se tendre ou se détendre en présence de l’émotion. Dans le premier cas, on se retrouve devant le dilemme habituel entre l’expression plus ou moins contrôlée et la répression plus ou moins consciente. Dans le second cas, on apprend progressivement à cohabiter avec l’émotion jusqu’à ce que celle-ci s’estompe d’elle-même… Une des premières constatations… est que, la plupart du temps, les sensations et les pensées que l’on qualifie de « désagréables » sont tout à fait gérables au quotidien.

…il ne suffit pas de ressentir, il faut également tirer des enseignements des mouvements d’affects qui nous traversent au quotidien. Cela nécessite de développer notre capacité d’observation de ce qui « se passe en moi » quand une sensation ou une pensée perturbatrice se manifeste.

Observer

…avec l’entraînement, on discrimine nos sensations et nos pensées de façon de plus en plus fine. Progressivement, on est amené à constater le caractère mécanique des affects qui se manifestent au quotidien. Les mêmes situations ou celles qui sont perçues comme ressemblantes déclenchent une réaction émotive identique. L’association solitude/désir de sucreries est complètement mécanique et se déclenche indistinctement quelque soit la différence de contexte.

Du point de vue de l’approche que nous présentons… il est moins important de remonter à l’origine de cette association que d’en prendre conscience…il faut donc amener la personne à répondre différemment à ce désir…qu’elle dispose de l’opportunité de décider de la manière dont elle va répondre…qu’elle a développé un pouvoir d’agir à l’égard de ce désir…que cette prise de conscience suppose une prise de distance avec l’émotion tout en permettant sa pleine manifestation. Cette vision résulte de l’adoption d’une posture d’observateur.

C’est uniquement parce que l’on s’autorise à ressentir pleinement nos émotions (sans forcément les exprimer) que l’on est en mesure de prendre conscience du caractère mécanique de leur fonctionnement. Par nécessité, ce nouveau positionnement amène à faire une distinction entre « celui ou celle qui observe » et « les émotions observées ». Ce faisant, on entre de plain-pied dans un processus de désidentification.

Se désidentifier

La prise de distance inhérente au processus de perception de son ressenti conduit progressivement à appréhender nos pensées et nos émotions comme des objets distincts de « moi ». Ainsi ce qui, en présence d’un sentiment de tristesse, était vécu comme « en ce moment, je suis triste », est maintenant perçu comme « en ce moment, il y a de la tristesse en moi »…je dégage de nouvelles marges de manœuvre dans ma capacité à réguler le flux de sensations et de pensées…d’éviter toute forme de culpabilisation, je ne suis pas plus responsable de l’apparition de ces affects que de leur disparition…alors je peux me mobiliser pour réagir à sa présence…Je cesse de confondre « ce que je vis » avec « ce que je suis ».C’est en tant qu’acteur que j’aborde mes émotions. S’il y a de la tristesse en moi, qu’est-ce que je peux tenter?

En effet, si celles-ci ont une activité autonome, je ne peux agir que sur la manière dont je les reçois. C’est plus précisément ma capacité à me détendre en présence de tensions émotionnelles qui est en jeu ici. Plus je suis en mesure de me désidentifier de l’émotion qui se manifeste, plus je peux me détendre pour ne pas faire obstacle à son passage et donc plus je suis en mesure de l’accueillir pleinement.

…ressentir, observer, se désidentifier…sont des points d’appui précieux. Cette ouverture ne constitue toutefois que la première des deux conditions au passage des sensations et pensées…pour que l’émotion soit véritablement accueilli mais également qu’on la laisse partir… nous avons spontanément le réflexe de vouloir « en faire quelque chose ». L’émotion devient alors un objet d’étude ou d’intervention et perd par la même occasion sa fluidité…pour tenter d’en contrôler la portée…celles-ci se trouvent piégées et finissent par forcer le passage. Ce débordement peut prendre des formes variées, (état de crise, expression impulsive et socialement pénalisante de l’émotion etc.) et entraîne une souffrance accrue. Souvent, on cherchera à éviter un tel dénouement en contenant cette lutte dans son for intérieur au prix d’une dépense d’énergie importante.

…quels sont les principaux mécanismes à l’œuvre dans ce processus de recueil de l’émotion? Plus on mobilise de l’énergie pour ne pas être envahi par l’émotion, plus celle-ci gagne en intensité.

Sans recueillir

(Nier l’évidence, chercher avant tout une explication à la présence de l’émotion, attribuer systématiquement la responsabilité de l’émotion à l’Autre, s’accrocher à l’intensité et au contenu, projeter la persistance de l’émotion).

La puissance des émotions et leurs capacités à nous emporter en un instant peuvent être perçues comme une source de vulnérabilité. Ceci est particulièrement le cas lorsqu’on se lance dans une démarche de changement important pour nous, nos proches ou la collectivité. Dans ce cas de figure, on est obligé de sortir de sa zone de confort et de prendre le risque d’échouer. Cette prise de risque est par nature anxiogène. Elle s’accompagne de doutes (suis-je capable?), d’incertitudes (vais-je y arriver?) etc…

…la conduite de changement offre une excellente occasion d’observer en direct comment notre tendance à recueillir les émotions qui passent peut constituer un obstacle de taille au succès de notre initiative… il est utile de cerner les principaux mécanismes qui nous amènent à bloquer le passage de l’émotion et à en subir les multiples conséquences.

Nier l’évidence

Plus l’enjeu est considéré comme important, plus le vécu émotionnel est intense. Il peut prendre des formes différentes ( état de stress persistant, anxiété de production etc.) qui sont toutes reliées  à la présence d’un fort désir de succès et de son corollaire qui est la peur de l’échec…l’une des principales stratégies consiste à tenter d’ignorer les sensations et les pensées perturbatrices pour se concentrer sur la réalisation de la tâche ou sur le défi à relever… ce refus repose sur une logique de répression… cela exige la mobilisation d’une énergie interne très conséquente…qui n’est plus mobilisable pour la conduite du changement…la probabilité de succès diminue d’autant, ce qui a pour effet direct d’augmenter la peur d’échouer. Cette spirale descendante peut affecter…au point de menacer sa réalisation… selon les contextes, exprimer son ressenti au fur et à mesure qu’il se manifeste peut également compromettre la probabilité de succès. Un exemple : excès de tension, peur d’échouer, peut provoquer l’échec tant redouté, peut-être qu’il n’était pas opportun d’exprimer ses craintes.

Reconnaître la présence de cette forte tension aurait pu diminuer l’énergie investie pour la réfréner…reconnaître la tension, c’est cohabiter avec la présence d’une peur repérée et circonscrite.

Chercher avant tout une explication à la présence de l’émotion

…Un coup la présence de l’émotion reconnue…puis se trouve posée la question de l’attribution. Comment se fait-il que je ressente cette tension?… (« je ne devrais pas ressentir ça »)…il faut en trouver la cause… on fait l’hypothèse qu’une fois qu’on en aura identifié la cause, l’émotion ne réapparaîtra plus… En gros, je n’accepte d’accueillir complètement que les sensations et les pensées que je comprends… Cette exigence de comprendre avant d’accueillir est un piège dans la mesure où d’une part les sensations et les pensées sont généralement le résultat ponctuel d’un enchaînement inextricable d’une série de causes et d’effets dont la mise au jour peut nécessiter un travail long, laborieux…

Attribuer systématiquement la responsabilité de l’émotion à l’Autre

Il s’agit là d’illustrations de la manière dont on mélange les éléments factuels d’une situation (ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, ce qui a été décidé, etc.) avec ceux qui ont trait à notre perception (ce que j’ai compris, ce que ça m’a fait, etc.). Selon cette façon de comprendre les interactions, l’Autre (le conjoint, le collègue, mais aussi la situation, la loi ou les traits culturels etc.) ne peut se voir attribuer la responsabilité de ma réaction. Ainsi, en matière d’émotion, ce que je ressens n’est que le résultat de la manière dont je perçois la situation. Ce n’est pas mon vis-à vis qui m’a rendu anxieux, c’est moi qui ai réagi à ses paroles par de l’anxiété. Puisque la présence d’une émotion est le résultat de ma propre perception, j’ai toujours la possibilité de réguler ce ressenti par moi-même.

Tant que je crois que c’est mon vis-à vis qui provoque ma colère, je ne m’octroie aucun pouvoir sur la présence de celle-ci, son intensité ou sa dissolution. Cette colère est « justifiée » par le comportement de mon interlocuteur. Une fois qu’elle dispose d’une telle légitimité, cette émotion peut s’installer durablement jusqu’à se cristalliser sous la forme d’une aigreur ou d’une solide rancune. On est loin de l’accueil et du lâcher-prise!

S’accrocher à l’intensité et au contenu

Certaines émotions peuvent être particulièrement perturbatrices parce qu’elles nous font découvrir la présence de sensations ou de pensées d’une intensité qu’on ne soupçonnait pas…l’expérience de devoir retenir l’expression d’une émotion pour éviter que « les mots dépassent notre pensée ». Pour éviter d’être débordé par un flux de sensations fortes, on peut chercher à contenir ce type d’émotion plutôt que de le laisser se déployer pleinement. Le simple fait de constater leur présence « en moi » peut entraîner une réaction de blocage. Pas question de laisser passer des sensations ou des pensées qui heurtent mon sens moral, ma pudeur ou simplement l’opinion que j’ai de moi-même.

Dans ces cas de figure, je me laisse impressionner par l’intensité et le contenu d’un flux sur lequel je n’ai aucun contrôle. Or, ce contenu et cette intensité sont directement proportionnels à l’échantillon de la réalité qui les a déclenchées. Fortes ou faibles, formulées avec plus ou moins de modération, ces sensations et pensées perturbatrices ne sont ni plus ni moins que des réactions psychophysiologiques. Elles ne sont pas destinées à perdurer par elles-mêmes…Il est nécessaire que l’émotion puisse suivre son cours jusqu’à son aboutissement.

Projeter la persistance de l’émotion

Si on ne cesse de résister à leur passage, celles-ci vont se maintenir « en roue libre », c’est-à dire de manière autonome, pendant une certaine période. Une des principales raisons qui conduisent les personnes à résister au passage des sensations et pensées perturbatrices repose sur la crainte qu’elles s’installent dans la durée. Tant qu’on ne peut faire consciemment l’expérience du caractère éphémère de l’émotion, on doit composer avec la peur qu’elles persistent. Le paradoxe, c’est que c’est justement cette peur qui bloque le déploiement complet puis la résorption de l’émotion,( un exemple : l’anticipation de l’apparition d’un état anxieux durablement persistant)… devant la perspective de devoir passer de longues heures avec ce mal être, la personne doit apprendre à se concentrer sur ce qu’elle vit au présent et à neutraliser ses anticipations en y opposant un constat d’imprévisibilité…  « ça durera peut-être…ou peut-être pas… ».

Une des propriétés centrale de la mécanique des affects consiste à fabriquer des « méta émotions », c’est-à-dire des sensations et pensées perturbatrices à propos de la présence d’une émotion initiale. On peut se retrouver « furieux d’être en colère », attristé d’avoir de la peine »,…

Par contre, le désamorçage de l’anticipation constitue un défi de taille. En effet, la peur de la persistance de l’anxiété repose sur une prédiction. Impossible de s’appuyer sur la réalité présente pour désamorcer l’augmentation exponentielle de l’émotion au moment où elle se manifeste. Le piège réside dans la tendance de l’émotion à passer d’une possibilité parmi d’autres ( ce qui pourrait arriver) à une prophétie ( ce qui va arriver).

il est tout de même possible de lâcher prise en prenant appui sur l’incertitude inhérente au futur… il est possible de se détendre en gardant en perspective que tous les scénarios sont plausibles. Ce simple rappel à la réalité peut suffire à désamorcer la spirale des sensations et des pensées perturbatrices. Ces propositions peuvent être mises en pratique de façon autonome.

Conclusion

Parfois, les émotions paralysent la conduite du changement. Comment dépasser cet obstacle? Par la régulation stratégique des émotions… cette façon de réguler le flux de sensations et de pensées perturbatrices est concrètement accessible pour chacun d’entre nous dans la mesure où ses capacités d’introspection et de perception sont intactes…il s’agit plutôt d’une boite à outils pour dégager des marges de manœuvre vis-à-vis des contraintes souvent sclérosantes, que nous impose notre structure émotionnelle.